Zumzeig (Barcelone)

Lancé en octobre 2013 à Barcelone, le ciné-bistrot Zumzeig est un espace de croisement qui diffuse et distribue des oeuvres indépendantes.

Esteban Bernatas, à l’initiative du Zumzeig, a travaillé sur ce projet de cinéma depuis 2008. Son idée était de créer une salle avec une programmation hors normes pour enrichir l’offre cinématographique de Barcelone, mais aussi créer un lieu de vie avec un bistrot pour provoquer des rencontres entre cinéphiles. Le Zumzeig est une onomatopée qui signifie « buzz » en catalan en référence aux bourdons, ces insectes qui selon les lois de l’aérodynamisme ne devraient pas voler, mais pourtant en sont capables !

Nous sommes là pour prendre des risques, passer des films de jeunes cinéastes et essayer de favoriser cette émergence.

Ce sont cinq années qui ont été nécessaires au repérage du lieu et au lancement du ciné-bistrot. La mise en place ne fut pas aisée : la complexité d’obtention des licences et autorisations pour lancer les travaux, et ultérieurement pour ouvrir le lieu, a ralenti le processus. Le cinéma a ouvert le 2 octobre 2013 par une fête dans le bar, et deux jours plus tard, trois premiers films ont été proposés à l’affiche : L’Encerclement – La démocratie dans les rets du néolibéralisme de Richard Brouillette, L’âge atomique de Héléna Klotz et Dragonslayer de Tristan Patterson.

Le Zumzeig projette du cinéma indépendant sous toutes ses formes : longs métrages internationaux, films d’art, moyens métrages, films expérimentaux, l’idée étant de se rapprocher d’une programmation recherche & découverte à la française. « Nous ne fonctionnons pas sur une rentabilité à court terme, nous essayons de garder à l’affiche les films le plus longtemps possible pour susciter du bouche à oreille » nous explique Guillaume Mariès, en charge de l’exploitation du lieu. Plus qu’un cinéma de quartier, cet espace apparaît comme un festival de cinéma permanent. Face à une faible distribution de films indépendants en Espagne, le Zumzeig a lancé une séance intitulée « Ciné inqualifiable » (cine incalificable). Ce label regroupe les projections des films non distribués dans le pays que l’équipe a découvert dans des festivals internationaux et souhaite proposer au public catalan. Des projections sont organisées en accord avec les ayants droits de ces films hors circuit. « Cet espace nous permet d’exposer des films plus expérimentaux, de recherche, qui ne sortiront malheureusement jamais en Espagne. Le Ciné inqualifiable, c’est la patte du Zumzeig » complète Guillaume Mariès. Dans le cadre des séances « Ciné inqualifiable », ils ont notamment diffusé Mercuriales de Virgil Vernier, La Fille de nulle part de Jean-Claude Brisseau et We Come as Friends de Hubert Sauper. Pour l’équipe du Zumzeig, le cinéma a un rôle important à jouer dans le soutien aux réalisateurs « Ce sont les principales fonctions d’une salle de cinéma : nous sommes là pour prendre des risques, passer des films de jeunes cinéastes et essayer de favoriser cette émergence. »

De nombreux évènements viennent compléter cette programmation. Le Zumzeig diffuse ponctuellement des films expérimentaux en pellicule en collaboration avec le laboratoire Crater Lab, qui facilite la venue des copies et des cinéastes. Une collaboration avec le Festival de Rotterdam s’est tissée à distance, par le biais de l’évènement IFRR LIVE : une partie de la sélection du festival (cinq films en 2015) est diffusée au même moment dans des salles européennes. Après la projection du film, les spectateurs peuvent poser des questions (via le réseau social Twitter) au réalisateur présent en direct (via le logiciel de vidéoconférence Skype) depuis Rotterdam. Ils ont aussi accueilli BAR PROJECT, une résidence d’artistes à Barcelone, qui fait venir des curators d’un peu partout dans le monde. Durant  plusieurs mois, ils ont pu ainsi diffuser de l’art vidéo et, pour célébrer leur premier anniversaire, ils ont invité l’artiste Isabelle Lewis à réaliser une performance au cinéma, entièrement re-décoré pour l’occasion.

Le bistrot est un endroit convivial qui permet au cinéma d’étendre son offre et de faire découvrir le lieu à un public plus large « Les gens peuvent boire un verre avant le film ou manger un bout après. Quand ils viennent ici, ils savent qu’ils peuvent parler avec le réalisateur après la séance, que les gens sont abordables, ce n’est pas du tout formel. » Le Zumzeig n’est pas seulement un lieu de diffusion mais plus largement, un lieu de vie. L’identité graphique du lieu est particulièrement soignée, l’équipe faisant appel par exemple au dessinateur Pierre La Police pour leurs supports de promotion (affiches sérigraphiées, publicités dans le magazine So Film). Son public est principalement local et il semble impossible de dresser un portrait-type d’un spectateur du Zumzeig : catalans, gens du quartier, jeunes du centre-ville, personnes du 3ème âge.

Le challenge est de pérenniser cet espace et que les gens viennent par confiance et intérêt dans la programmation. Ils cherchent aussi plus largement à fédérer un public fidèle qui se retrouve autour de valeurs communes, à travers les films diffusés mais aussi plus largement d’une philosophie de vie. En octobre dernier, ils ont accueilli le festival international de cinéma cycliste, Rueda avec une sélection exclusive de films de bicyclettes. Le Zumzeig tient sa ligne « On n’est jamais aussi bons que quand on est radicaux. Je pense qu’il faut rester dans son créneau et les gens qui s’y reconnaissent viennent ».

La jeune équipe a aussi lancé une activité de distribution, Zumzeig Distribución, dans la même veine que la programmation en salle « Des films aventureux qu’on a envie de montrer aux gens ». L’idée étant d’amener quelque chose de différent dans le panorama de ce qui sort en Espagne. « La distribution de films en Espagne est très difficile. Le nombre de salles indépendantes est limité, le circuit art-et-essai est en pleine création, il n’y pas de subvention, les films sont éjectés rapidement. » Toutefois, après avoir distribué 6 films depuis 2013, ils réfléchissent aujourd’hui à laisser temporairement de côté cette activité qui demande un investissement en temps et argent non négligeable.

Fruit de la nécessité d’exposer de nouvelles cinématographies à Barcelone, Le Zumzeig est un lieu intimement lié à la passion d’Esteban Bernatas pour le cinéma indépendant « On a pensé la salle et vécu la salle en tant que spectateurs potentiels. »