Xcèntric, le cinéma du CCCB (Barcelone)

Xcèntric est le cinéma du CCCB, le centre culturel contemporain de Barcelone : un lieu dédié au cinéma expérimental et aux films d’art.

Le projet de diffusion de cinéma expérimental Xcèntric, né en 2001 au sein du projet culturel CCCB, est devenu au fil des années le rendez-vous des cinéastes et des étudiants désireux de découvrir des œuvres rares et peu visibles. Nous y rencontrons Gloria Vilches, coordinatrice de ce programme qui lui tient particulièrement à cœur, qui nous guide dans les multiples espaces et activités du lieu.

La sélection des films pour Xcèntric est faite de manière singulière. Une équipe de programmateurs invités, spécialistes, professeurs universitaires, artistes, soumettent leur liste de choix -qui va de films expérimentaux à des documentaires de création en passant par des films faits par des artistes locaux- à partir de laquelle ils organisent un programme autour d’un thème. « Faire une programmation c’est comme faire un film, tu assembles des pièces pour faire naître un ensemble cohérent, un sens, c’est un travail créatif ». Ce travail collectif de recherche permet de défricher un vaste éventail d’artistes venant du monde entier dont les œuvres -récentes et anciennes- sont diffusées dans leur format d’origine lorsque c’est possible. Ces films ont en commun la difficulté d’accès et la non circulation dans les circuits de distribution. « C’est très coûteux, faire venir une pellicule des Etats-Unis, par exemple, peut aller jusqu’à 500€ pour une seule projection, nous savons que nous ne pourrions pas faire cela ailleurs que dans une institution publique ». Chaque session est un événement unique. »En général, il n’y a que peu de copies en circulation. L’artiste en possède une, parfois le distributeur une autre, et on doit les traiter avec beaucoup de soin, mais avant tout, il faut les trouver ! C’est pour cela que j’adore mon travail, c’est comme être un détective. »

Faire une programmation c’est comme faire un film, tu assembles des pièces pour faire naître un ensemble cohérent, un sens, c’est un travail créatif

Pour dénicher ces films, ils travaillent avec de nombreux distributeurs internationaux comme Canyon Cinema et Filmmaker’s Coop aux Etats-Unis, Light Cone en France, LUX au Royaume-Uni mais aussi avec des musées comme le MOMA de New-York ou le Centre Pompidou de Paris et les cinémathèques européennes (International Federation of Film Archives). La programmation se nourrit naturellement de films découverts lors de festivals comme celui de Rotterdam, le 25FPS en Croatie, Courtisane en Belgique, Oberhausen en Allemagne et des sections spécialisées comme Experimenta dans le London Film Festival ou Views From the Avant-Garde au New York Film Festival.

« Nous essayons aussi d’avoir un nombre égal d’hommes et de femmes dans notre sélection. » poursuit Gloria. « Cela nous surprend toujours qu’il n’y ait pas plus de réalisatrices. Dans l’industrie traditionnelle du cinéma, il y a un problème de manque de confiance qu’ont les financeurs pour confier un gros budget à une femme, mais dans le cinéma expérimental, ce sont souvent des films peu coûteux, réalisés par une seule personne et je crois que c’est aussi pour cela que c’est un formidable champ où les femmes peuvent s’exprimer. Mais malheureusement, il n’y a pas tant de femmes que cela, et on doit faire un effort pour les découvrir. Alors allez-y, réalisatrices, faites des films, nous les montrerons ! »

Dans l’optique d’élargir encore le travail de découverte, une section spéciale est née au CCCB, Pantalla CCCB. Un mois, un artiste. « Nous avons réalisé que beaucoup d’étudiants faisaient des films, mais ne savaient pas quoi faire ensuite et qu’il y avait un no man’s land entre les jeunes artistes qui créent leurs premières œuvres et les artistes déjà établis. Que faire quand on démarre ? Où envoyer son travail ? Où le montrer ? Il est facile pour une institution de diffuser des artistes déjà confirmés, cela assure une audience, mais il est plus risqué de montrer le travail d’artistes émergents. Et c’est l’objectif de Pantalla, offrir un écran à de jeunes artistes. » nous explique Gloria. Le public peut découvrir leur travail dans un espace dédié mais aussi en ligne sur le site du CCCB.

Nous suivons Gloria dans la salle d’archive, Arxiu Xcèntric, située dans l’Espace Audiovisuel du CCCB, composée de moniteurs et d’une petite salle de cinéma libre d’accès où le public peut venir regarder des films parmi une collection d’environ un millier de films expérimentaux dont une grande partie sont introuvables ailleurs. Une interface a été conçue spécialement pour cet espace et permet de chercher des œuvres par tags ou naviguer dans la collection de films, laissant aux spectateurs le temps de découvrir à leur rythme ou s’inspirer des « menus » confectionnés par l’équipe de l’Xcèntric qui proposent une courte sélection de films. « Je crois que pour ce type de film, tu as besoin de quelqu’un qui t’ouvre une petite porte pour pénétrer leur univers, et c’est ce que nous essayons de faire avec les archives et d’autres programmes d’éducation ». Un état d’esprit qui invite aussi une reconsidération des frontières entre amateurs et professionnels, invitant chacun à tracer son propre sillon. « Nous adorons ce terme, être « amateur », c’est quelque chose qui est très important pour nous, et ce terme est pour nous quelque chose de positif. Dans le monde traditionnel du cinéma, si quelque chose est « amateur », c’est vu comme quelque chose de mauvais, de non professionnel, venant de quelqu’un qui ne sait pas faire des films. Mais dans le monde expérimental, amateur vient d’amour, « amar », les gens ne filment que ce qu’ils aiment. »

Le CCCB organise des ateliers de montage, de collage, où la pellicule est utilisée comme matière première. L’approche ludique et pratique permet au public de se départir des clichés dont souffrent l’art expérimental, et de le découvrir comme un nouveau moyen d’expression. Gloria nous fait défiler une série d’extraits de films animés et s’arrête sur un court-métrage de Norman McLaren, un habitué du travail direct sur la pellicule, « C’est tellement génial, quand je vois ça, ça me rend dingue d’entendre dire que l’art expérimental est élitiste ou ennuyeux. »

Le CCCB édite aussi des livres et des DVD dont le dernier est une collection de court-métrages retraçant l’histoire de l’animation espagnole. Pour toucher une plus large audience, le CCCB organise chaque été des projections en plein air, « Gandules », dans la cour centrale du centre qui accueillent autour de 700 personnes.

L’Xcèntric propose une exploration des champs au-delà des formes de narration traditionnelles, en tentant de s’éloigner d’une approche élitiste, pour favoriser une passion communicative qui invite à la curiosité.