THIS WAY UP #5 : Condition critique

.Table-ronde | Condition critique

>> Michael Rosser (modérateur) Rédacteur en chef de Screen International & Screendaily.com

>> Simran Hans Journaliste freelance chez BFI, BuzzFeed, Little White Lies, Sight & Sound | @heavier_things

>> Sophie Monks Kaufman Rédactrice chez Little White Lies | @sopharsogood

>> Charles Gant Critique cinéma chez Industry Commentator Heat, Screen International & The Guardian |@charlesgant

>> Kevin Bourke Ecrivain et animateur radio (Arts writer and broadcaster) chez The Big Issue & Manchester Evening News | @bourke2Dfuture

Quel impact a eu la révolution numérique sur le travail de la critique de cinéma ? Quel poids pour les auteurs de la presse papier depuis l’apparition des blogs et des magazines numériques ? Quelles évolutions a provoqué l’arrivée de la critique en ligne ?

Charles Gant lance le débat en posant la question du réel pouvoir que la critique peut avoir sur le succès d’un film et sur l’opinion du public, qu’il conclut lui-même : « Je ne pense pas qu’il y ait un alignement entre les notes des films et leur succès public ». Le seul exemple de récente mémoire qui est évoqué par Simran Hans est celui du film Team Margaret de Kenneth Lonergan qui a su se frayer un chemin dans les salles obscures grâce à la pression des critiques sur les distributeurs. Un exemple qui conduit Sophie Monks Kaufman à évoquer l’aspect auto centré du milieu de la critique, qui a selon elle un impact plus important sur les gens intégrés dans l’industrie que sur le grand public : « Nous sommes un microcosme dans un microcosme. Les critiques ne sont pas aussi importants qu’on aimerait le croire ». Une tendance de l’entre soi qui est désormais bousculée par l’arrivée du web. « Tout le monde est un critique » avance Kevin Bourke « Puisque tout le monde est un critique, pourquoi considérer cela comme un métier ? ». La question du rôle du critique vient sur le tapis, ainsi que la manière dont ils interagissent avec un public désormais habitué à s’exprimer via les réseaux sociaux et les blogs. « Aujourd’hui, tout le monde a un micro pour s’exprimer » selon Sophie Monks Kaufman qui explique qu’il faut trouver de nouveaux moyens de faire partie de la conversation autour des films. Une conversation qui implique désormais tout le monde « Les critiques doivent descendre de leur tour d’ivoire. » Il s’agit toutefois de trouver une balance. « Twitter est l’endroit où tu discutes avec ton public, mais ton magazine et ton site internet doivent rester des endroits où tu fais autorité. » Sophie Monks Kaufman évoque son expérience à Little White Lies, magazine de cinéma à l’esthétique distinctive lancé en 2005, qui a abordé le tournant de la presse digitale en devenant une marque multiplateformes comprenant notamment une application mobile et un site internet.

Aujourd’hui, tout le monde a un micro pour s’exprimer

Maladie moderne selon les invités, un « syndrome du buzz » est pointé du doigt avec comme exemple récent Spectre, le nouveau James Bond, quasi unanimement porté aux nues par la presse britannique, mais vilipendé par le public sur les réseaux sociaux. Une tendance à fabriquer un « signal fort » plutôt qu’à l’analyse est décrié par Simran Hans « C’est à ça que ressemble une certaine culture de la critique aujourd’hui, tout tourne autour de « la nouvelle sensation », le « meilleur film de la franchise », « le meilleur film depuis… ». Elle continue en expliquant son approche personnelle du métier. « Je suis plus intéressée par le journalisme, écrire sur ce qu’il y a autour du cinéma, comprendre dans quel environnement culturel un film est fait ». Pour elle, internet semble marcher à l’émotionnel, on y partage beaucoup son ressenti, particulièrement avec les images. Kevin Bourke rebondit sur l’évocation de la recherche d’efficacité avec sa détestation de la notation par étoiles, qui est imposée le plus souvent par les éditeurs contre l’avis de l’auteur. L’exemple du tableau de la critique à Cannes est toutefois évoqué pour rappeler que dans ce contexte, les gens veulent peut-être simplement qu’on leur dise si un film vaut le coup d’être vu.

Tableau des étoiles de la Critique © Le Film Français

Tableau des étoiles de la Critique © Le Film Français

Ils évoquent leur propre rapport à la critique, moins en tant qu’auteurs qu’en tant que lecteurs. « La chose la moins intéressante autour d’un film est l’opinion d’un critique » commence Kevin Bourke. « Je pense que les gens lisent les critiques non pas pour savoir quoi voir, mais pour savoir ce que l’auteur a à dire du film. Les gens se moquent de l’opinion, ils veulent un point de vue spécifique. Ce qui m’intéresse dans un film ce n’est pas l’histoire, mais qui la raconte et quelle voix s’exprime » continue Simran Hans. De son côté, Sophie Monks Kaufman évoque le fait qu’elle lit les critiques de gens dont elle déteste l’opinion, pour nourrir sa réflexion et qu’elle préfère « Écrire sur ce qu’il se fait à la marge ». Charles Gant conclut en évoquant son approche. Selon lui, devant la quantité de nouvelles œuvres sortant chaque semaine, la critique est devenue un métier de sélection plutôt que d’exhaustivité. « En tant que critique j’essaie de créer de la confiance avec les lecteurs, quand j’écris je pense beaucoup à ne pas trahir cette confiance. Tu ne le fais pas pour le film, le distributeur, mais pour le public, tu recommandes personnellement quelque chose, en dehors des besoins de l’industrie. Mon travail n’est pas de convaincre les gens qu’ils vont aimer le film, surtout si ce n’est pas mon cas ! On exprime son amour pour un film et on espère que les gens vont simplement le partager. »