THIS WAY UP #3 : Sans les murs

.Keynote | Sans les murs

>>  Marianne Maxwell Productrice au Théâtre National d’Écosse | @NTS_Marianne

« J’ai conscience que c’est un art complètement différent, mais je ne vais pas me concentrer sur ce qui nous différencie, mais sur ce qui nous relie » commence Marianne Maxwell, productrice au Théâtre National d’Écosse. Elle nous raconte la genèse de l’institution. Fruit d’une réflexion autour du nombre de lieux de représentation artistiques de qualité et d’artistes de renommée internationale dans toute l’écosse, le Théâtre National d’Écosse a été créé en 2005 sous une forme itinérante, un « théâtre sans mur ».

Nous sommes un théâtre pour tous, un théâtre sans mur et notre public cible est toute l’Écosse.

Leur première production, « HOME », des représentations gratuites impliquant des acteurs professionnels et des artistes locaux se déroulant dans 10 lieux sur tout le territoire écossais, lança officiellement le théâtre. Selon Marianne Maxwell, « HOME a été un projet déterminant pour définir l’identité de ce que serait le Théâtre National d’Écosse : nous sommes un théâtre pour tous, un théâtre sans mur et notre public cible est toute l’Écosse ». Pour étayer cette affirmation Marianne Maxwell prend à partie la grande salle où se déroule la présentation. « Imaginez que vous êtes le peuple d’Écosse. Le dernier rang au fond, vous n’avez rien à faire de ce que je dis, vous n’êtes pas intéressé, je n’existe pas ! Les sept rangées suivantes, vous êtes à peu près intéressés, vous entendez parfois parler du théâtre par des amis, mais c’est une préoccupation très secondaire. Les rangs suivants, vous êtes réellement intéressés, vous êtes venus quelques fois voir une pièce, vous en parlez autour de vous. Le premier rang ? Vous adorez ! Vous venez toutes les semaines pour voir ce qu’on propose. » La question se pose donc de quelle manière peut-on atteindre tous les rangs ? « Cela vient à considérer la nécessité, on réfléchit à ce que l’on peut faire avec ce que l’on a, et la question qui se pose est vers où vont nos investissement ? Vers le premier rang ? Le deuxième rang ? Le rang du fond ? Comment cibler ces publics différents et comment les faire venir ? Nous avons commencé notre travail de développement des publics avec une feuille vierge. » continue Marianne Maxwell.

Without Walls : Aberdeen, Saturday 14th November 2015 National Theatre of Scotland. Granite Theatre performance in Aberdeen City Centre. Picture by Michal Wachucik / Abermedia

© Picture by Michal Wachucik / Abermedia – Granite Theatre performance in Aberdeen City Centre.

La direction prise par le Théâtre National d’Écosse a alors été de privilégier les partenariats locaux en décentralisant leurs événements. Pour illustrer ce parti pris, une série d’une vingtaine de photos provenant de différentes productions du théâtre défile sur l’écran. « Aucune de ces représentations n’a eu lieu dans un théâtre, par leur simple existence elles challengent la notion de ce qu’est le théâtre, et suppriment certains des murs qui empêchent des publics de se rendre dans un théâtre en dur. » Marianne Maxwell met en évidence un désir d’aller vers le public, à la fois pour aller à la rencontre de ces « derniers rangs » qui ne viendraient jamais d’eux-mêmes, mais aussi pour remettre en question les à priori vis à vis du théâtre, de ce qu’il peut être et à qui il s’adresse. En complément de cette approche radicale, l’autre volonté mise en pratique est de « flouter les frontières » entre artistes professionnels et amateurs, entre publics et participants. « C’est aussi un exemple de la philosophie « faire avec ce que l’on a » : de l’art de qualité internationale créé avec un mélange de professionnels et d’amateurs provenant des communautés locales ». Un exemple est donné avec le projet Granite Aberdeen où une troupe d’artistes professionnels s’est installée dans la ville d’Aberdeen pour produire une pièce avec les habitants. Le but est de réaliser une œuvre qui raconte la ville, créée, écrite et jouée en collaboration avec les gens qui y vivent, venant d’horizons divers et travaillant dans différents lieux, d’écoles aux maisons de retraites.

Lors de l’anniversaire de leurs 5 premières années, l’équipe du Théâtre National d’Écosse a voulu célébrer cette date dans le même esprit que pour leur première production « HOME » mais entre temps, le rapport au public s’était transformé, notamment grâce à internet et aux réseaux sociaux. « Nous avons remarqué qu’en 5 ans, la façon dont notre public communiquait avec nous a radicalement changé, et la façon dont nous communiquions avec lui aussi ». Le théâtre s’est alors approprié les technologies numériques pour accompagner ces changements, le résultat a été le « Five Minute Theater » : « Pendant le jour le plus long en juin 2011, nous avons diffusé en streaming plus de 200 pièces jouées par des gens du monde entier, dont presque la moitié étaient diffusées en live. C’était 24h de célébration du théâtre fait par tous et pour tous. » Cette expérience a été une expédition dans le monde du digital qui a été cruciale pour le Théâtre National. « Nous ne faisons pas de diffusions dans les cinémas comme le Met, nous sommes un théâtre sans mur, et le Five Minute Theater était notre façon d’ouvrir encore plus les portes. Ce que nous avons appris de cet événement a influencé énormément tout ce que nous avons entrepris ensuite. » Le Five Minute Theater a été revisité plusieurs fois, notamment lors du référendum pour l’indépendance de l’Écosse afin d’inviter à nouveau le grand public à s’exprimer à travers des pièces sur le sujet de l’indépendance au sens large.

Marianne Maxwell conclut sa présentation en mettant en avant l’incroyable potentiel que recèle les technologies pour renouveler les approches et les points de vue en se connectant directement aux publics. « Quand les murs disparaissent, on peut porter notre regard à l’horizon et chercher ce qu’il reste encore à découvrir. »