PostModernissimo (Pérouse)

Le PostModernissimo a réouvert en décembre dernier dans les locaux qui abritaient l’ancien cinéma de la ville, le Modernissimo. Constitué sous la forme d’une coopérative, cette renaissance a été rendue possible grâce à l’appui de la communauté, via une collecte de fonds (crowdfunding) et une large base d’actionnaires du lieu.

Dans le dédale des rues de Pérouse, à quelques pas du centre de la ville, nous trouvons le PostModernissimo où nous attendent Andrea Mincigrucci, Giacomo Caldarelli et Ivan Frenguelli, trois des quatre passionnés de cinéma qui se sont associés pour réouvrir un monoécran laissé à l’abandon. En 2000, l’ancien cinéma Modernissimo a fermé ses portes laissant un vide culturel dans le centre historique de la ville. « Beaucoup de gens disaient qu’il fallait que le Modernissimo réouvre » commence Andrea Mincigrucci. Après avoir contacté le propriétaire pour présenter leur projet, les quatre amis ont eu beaucoup à faire : créer deux salles supplémentaires pour rendre le cinéma viable économiquement, remettre le lieu aux normes et s’équiper de nouveaux projecteurs numériques. Le coût s’élève aux alentours de 400 000 €. Ils ont créé une coopérative où chacun d’entre eux ont apporté un premier capital de 15 000 €, obtenu un prêt via des fonds régionaux pour les jeunes entreprises dédiées à la restructuration de lieux historiques et décidé d’impliquer toute la ville dans la réouverture du cinéma pour rendre ce projet possible. Dès le début des travaux durant l’été 2014, ils ont lancé une campagne de crowdfunding afin de bâtir une communauté autour du futur cinéma. En échange de leur engagement (de 10€ à 1000€), les participants reçoivent des cartes d’abonnement, des totebag, des tee shirt à l’image du cinéma. Un espace d’accueil temporaire est installé dans le cinéma pour recevoir le public « C’était merveilleux de voir les gens qui venaient simplement pour dire bravo, demander si on tenait le coup ». En quelques mois, 25 000 € sont récoltés. En parallèle de cette collecte de fonds, ils ont lancé un nouveau statut d’actionnaire offrant la possibilité à quiconque de devenir associé du cinéma en échange de la somme de 100 €. Ce statut permet de participer à la vie du cinéma dans des assemblées régulières. Ce sont plus de 70 personnes aux profils très distincts -lycéens, étudiants, cinéphiles, retraités- qui sont aujourd’hui associées au cinéma.

Ce projet est né car nous aimons le cinéma, le cinéma est notre vie. Nous voulons soutenir le bon cinéma et les projets dès leur origine en connectant directement les spectateurs avec les créateurs. C’est notre petit rêve.

La renaissance du lieu s’est accompagnée d’une philosophie qui va au-delà de la salle traditionnelle et que nous présente Giacomo : « On peut venir au cinéma, y passer l’après-midi et la soirée si l’on veut et même sans voir un film. C’est surtout un lieu pour faire société. » Andrea complète « Nous voulons proposer des contenus de qualité et pas seulement du cinéma mais aussi du théâtre, de la littérature et créer des événements significatifs pour le public. Si je fais le choix d’aller au cinéma pour voir un film que je pourrais voir chez moi, c’est parce ce qu’il y a quelque chose d’autre : un événement avec un réalisateur, le café, la possibilité de manger au bar, de rigoler avec mes amis, c’est un point de rencontre. » 

La ligne éditoriale du PostModernissimo embrasse le spectre entier du cinéma, en cherchant à briser les étiquettes distinguant films dit « d’art » et films « commerciaux » pour se concentrer sur l’essentiel « On projette de beaux films » affirment les membres de l’équipe. La première salle dispose d’une scène modulable avec une structure en bois pour accueillir des arts vivants (théâtre, musique, etc). La troisième salle du cinéma, accueillant 30 personnes est nommée « Terza sala » en référence à la troisième page des journaux italiens qui est la page culture. Cette salle dédiée au cinéma d’essai, aux documentaires, au cinéma de patrimoine et aux rétrospectives, sert d’espace d’expérimentation. Ils rêvent aussi d’un cinéma où les enfants pourraient venir seul et c’est pour cette raison qu’ils mènent un travail particulier en direction du jeune public à travers des séances labellisées Kinderkino avec des films d’animation tous les après-midi. Ils souhaiteraient à terme proposer des séances où les enfants sont gardés et peuvent donc venir sans leurs parents.

La promotion du Postmodernissimo passe par leur identité visuelle singulière qui se décline autour d’une typographique créé spécialement (postypo) à partir des trois éléments graphiques du logo (carré/rond/rectangle) par Daniele Pampanelli. Combinés, ces trois symboles offrent des possibilités graphiques infinies. Cette identité s’enrichit aussi d’illustrateurs invités à créer l’affiche de la rétrospective mensuelle (se trouvant dans le programme dépliant).

Au-delà des films, le lieu invite dans ses espaces toutes formes d’expressions artistiques, de « l’art à 360° ». Ils accueillent au sein d’une galerie installée dans le cinéma des expositions et des installations qui changent tous les trois mois. L’équipe prévoit d’installer prochainement une petite bibliothèque et une boutique consacrées au cinéma. Le Postmodernissimo organise régulièrement des concerts, des séances Secret Cinema en plein air avec installation de terrasses devant le cinéma et projection de films surprises, et accueille des festivals locaux comme Rabbit Fest (films d’animation), le Festival du Film Social ou encore Sagra Del Cinema (films de répertoire et nourriture). Le cinéma prête aussi ses espaces à des associations locales. Une fête de fermeture du cinéma clôt chaque saison avant les vacances annuelles.

En plus de ce foisonnement d’activités le Postmodernissimo compte développer la production. Déjà, les premiers 3000€ de leur campagne de crowdfunding ont été employés à la réalisation et à la production d’un film indépendant, Monkeys Apocalypse, réalisé par Romano Scavolini. « Ce projet est né car nous aimons le cinéma, le cinéma est notre vie. Nous voulons soutenir le bon cinéma et les projets dès leur origine en connectant directement les spectateurs avec les créateurs. C’est notre petit rêve. » commence Ivan. « Absolument, c’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons créé ce lieu. Si tu veux travailler dans un cinéma, tu peux construire un lieu à visée uniquement commerciale, mais si tu construis un projet comme le nôtre, c’est aussi pour soutenir la création, parce que tu crois en une nouvelle génération, en de nouveaux artistes. » conclut Giacomo.

Plaçant au cœur de son projet la communauté, le Postmodernissimo s’affirme comme un cinéma de proximité pour qui la culture est un motif d’émancipation plus large, une voie vers d’autres façons d’envisager le vivre ensemble. Giacomo conclut « Construire une nouvelle société, cela se fait pas à pas. C’est peut-être une utopie, mais c’est une direction que tu suis et tu construis, brique par brique. »