Il Kino (Berlin)

Il Kino est un cinéma indépendant, situé dans le quartier de Neukölln à Berlin, qui invite les spectateurs à découvrir les films dans une atmosphère intime et chaleureuse avec sa petite salle de soixante places et son café bistrot.

Ouvert en Novembre 2014, Il Kino est un cinéma construit et dirigé par trois amis : Carla Molino, réalisatrice italienne, Daniel Wuschansky, scénariste pour la télévision allemande et Kristian S. Pålshaugen, musicien et designer norvégien. Nous leur rendons visite une semaine avant leur premier anniversaire. Quelques années plus tôt, c’est en se rendant à un événement éphémère à l’occasion de l’Euro qu’ils sont tombés par accident sur cet espace. « Et on s’est dit que ça pourrait faire un super cinéma ! » nous confie Kris S. Pålshaugen. Ils ne connaissaient alors rien à la gestion d’un cinéma et n’avaient aucun contact avec les distributeurs avant d’ouvrir la salle. Carla Molino ayant travaillé à Rome, ils s’inspirent du modèle italien Il Kino, salle indépendante développée en Italie, en reprenant le même nom et la même philosophie : une salle de petite taille, un bistrot, mélangeant public et artistes.

Ils procèdent ensuite par étapes : récupérer l’autorisation d’ouvrir un cinéma dans ce lieu en demandant un permis, trouver les financements, etc. Ils financent la salle avec leur propre argent et le soutien de quelques amis. Au lancement, ils s’occupent à trois de toutes les tâches (programmation, promotion, accueil du public pour la salle de cinéma mais aussi au bar) avant d’être en mesure d’embaucher du personnel pour les aider au bar et en cuisine, et à rester ouvert tous les jours. « C’était très important pour nous de trouver des gens qui sachent travailler mais surtout qui aiment l’endroit, le concept. Ils sont là pour représenter le lieu, du cinéma au bar en passant par les évènements. Nous avons une équipe formidable et ça facilite beaucoup le travail. »

Nous avons dû tout apprendre en partant de zéro, et nous avons appris en faisant.

Il Kino est un cinéma mais aussi un bistrot depuis les débuts. « Cela faisait partie de l’idée principale. Nous voulions créer le lieu dont nous manquions : il existe des cinémas très agréables mais ils ont tous le même problème : tu arrives une demi-heure avant pour acheter ton ticket, il n’y a qu’un foyer pour attendre, pas vraiment d’espace pour s’asseoir, tu peux acheter des pop corn. Et après le film, tu sors par la porte de derrière alors que tu préférerais aller boire un verre et parler du film. » En réponse à ce manque, ils souhaitent créer un lieu où la sortie au cinéma est avant tout une expérience et où le lieu est plus qu’une salle de cinéma. « Nous voulions que notre cinéma puisse être un endroit sympa, pour voir un film mais aussi pour sortir, pour manger quelque chose et boire un verre, discuter, rencontrer d’autres cinéphiles, que l’espace soit ouvert à tous et qu’il rassemble les gens d’une même communauté d’intérêts. » Leur objectif, construire un cinéma pour tout le monde, de qualité professionnelle à coût réduit. « Nous ne trouvions cette combinaison nulle part, soit vous trouvez un lieu chaleureux et confortable, soit de qualité professionnelle. Nous recherchions un entre-deux, entre un très grand cinéma et un petit lieu éphémère. » Géré comme une entreprise familiale, ils se répartissent les tâches selon leurs domaines de compétences. Le choix des films se fait en concertation entre les trois amis « Une personne au moins voit chaque film et le conseille aux autres. Si nous avons des doutes, les autres le regardent à leur tour. » Mais le critère de base est simple : diffuser les films qu’ils aiment. « Nous diffusons de nombreux documentaires car nous aimons cela, comme par exemple le film B-Movie sur la scène musicale berlinoise. » Kris S. Pålshaugen est en charge de la technique, du marketing et du design, Carla Molino s’occupe principalement du management, de la cuisine et de l’équipe et Daniel Wuschansky s’occupe de la négociation avec les distributeurs. Ils ont travaillé jour et nuit pour lancer le cinéma : « Nous avons dû tout apprendre en partant de zéro, et nous avons appris en faisant. Nous avions un cinéma, il fallait trouver des films à diffuser. Nous avions un bar, il fallait trouver des bières, du vin. Nous voulions que toutes nos propositions soient de qualité. »

Ils multiplient les animations, invitent des réalisateurs à présenter leurs films et diversifient les propositions. Ils organisent des soirées régulières de spectacles de stand up : les comédiens viennent de la sphère locale, et cet espace permet un développement de leur pratique. « En discutant avec des comédiens, j’ai réalisé qu’ils avaient tous le même problème : il y a des soirées open mic dans les bars et les grandes scènes, mais il n’existait rien entre les deux. Pourquoi ne pas faire la même chose qu’avec les films ? Ces soirées sont très populaires aujourd’hui » nous explique Kris S. Pålshaugen. Chaque comédien, qui a une demi-heure sur scène, est rémunéré et Il Kino présente régulièrement de nouveaux artistes au public. « Nous voulions organiser des événements de qualité, pour construire cette situation gagnant-gagnant et organiser des soirées qui aient de la valeur pour tout le monde. Quand cela fonctionne, l’endroit devient un lieu où les artistes ont envie de se produire, d’être le suivant, ce qui facilite la démarche de trouver de bons comédiens et le public est ravi. » Chaque mois, ils projettent un film surprise, qu’ils considèrent essentiel mais qui n’a pas touché le public qu’il mérite, dans une séance appelée Cinephilia. Ils organisent aussi des séances mensuelles de courts métrages, CHERRY PICKS, créées par la Berlin Film Society qui sélectionne des films diffusés dans des festivals internationaux. Pour leur ouverture, le cinéma a diffusé la série télévisée Heimat chaque dimanche pendant onze semaines proposant un pass aux spectateurs pour revenir chaque week-end. Pour promouvoir cette série, ils ont organisé une fête de lancement et ont offert la première séance gratuitement: « Je pense que c’était une bonne manière de faire pour lancer le processus. »

Pour annoncer les événements, ils labellisent les séances. « C’est dur de soutenir des films que personne ne connaît. On veut aussi être le lieu où les réalisateurs locaux puissent diffuser leurs œuvres mais si c’est juste un nom dans le programme que personne ne connaît, le public n’aura aucune raison spécifique de se déplacer à la séance. » Pour pallier à cela, ils donnent un label à ces séances. « Avoir des séances labellisées est très important car cela donne une raison supplémentaire aux gens de venir, ce n’est pas seulement un outil marketing. On peut aussi diffuser des films plus populaires dans ce créneau pour permettre aux gens de le découvrir mais il faut être un garant de qualité pour que le public continue à nous faire confiance. » Pour l’équipe d’Il Kino, repenser les fenêtres d’exploitation et la rotation des films en salles est une nécessité « Certains cinémas programment seulement les films pendant deux semaines. Seuls les cinéphiles ont le temps de savoir qu’ils sont à l’affiche. Nous pensons qu’il faut garder les films plusieurs mois, pour que les spectateurs puissent en parler à leurs amis et les convaincre de venir à leur tour. » Mais ils s’interrogent aussi sur la notion d’exclusivité et la réelle plus value de la salle : « Tu n’achètes pas simplement la vision du film, tu achètes l’expérience de voir le film dans un endroit sympa, l’expérience. »

Mais la grande force de cette salle indépendante repose dans ses espaces : « Nous avons un foyer convivial et une petite salle. Nous n’avons pas besoin de gros films. Nous pouvons programmer des films en cohérence avec ses espaces, sans avoir à remplir plusieurs salles d’une centaine de places ». La formule d’Il Kino : une offre complète d’événements, de bons films, du bon vin et de bons plats à offrir.