Casablanca (Nuremberg)

Fermé par son ancien propriétaire car jugé trop peu rentable, le cinéma Casablanca a réouvert grâce aux habitants de Nuremberg qui se sont regroupés pour sauver le cinéma.

Ancienne maison communale, la façade du cinéma Casablanca est célèbre dans le quartier pour sa fresque représentant les gens qui vivaient dans cette maison, et qui parfois y vivent encore. A l’automne 2008, l’exploitant Wolfram Weber a annoncé la fermeture prochaine du cinéma. Bien qu’un groupe d’intérêt se soit formé pour sauvegarder l’activité, le Casablanca est fermé au printemps 2009 par son ancien propriétaire car le lieu n’est plus considéré comme rentable. Une dizaine de personnes se réunissent alors pour rassembler les fonds nécessaire pour sauver le lieu. “Bien que ce ne soient pas des professionnels, ils ont réussi à réunir des gens, de l’argent, et ont ensuite proposé de racheter le lieu” nous raconte Lydia Maria Taylor, en charge des nouveaux publics. En quelques jours, cent premiers membres rejoignent l’association « Casa e.v. » pour reprendre la gestion du lieu.

Nous avons eu la chance d’avoir les bonnes personnes, au bon endroit et au bon moment.

Tout le monde redouble d’effort pour sauver le cinéma, le leitmotiv : « Kino mit Courage » (un cinéma avec du courage). En effet, la reprise n’est pas aisée car l’exploitant vend aux enchères tous les fauteuils et l’équipement cinématographique. Se retrouvant avec des espaces vides, la nouvelle équipe lance une récolte de fonds pour acheter des fauteuils “Chaque siège portait une plaque avec le nom de son donateur en échange de 200€. Grâce à cette idée, nous avons pu acheter tous les sièges”. Quelques mois plus tard et suite à de nombreux travaux réalisés par des bénévoles, le cinéma peut réouvrir. Le cinéma est numérisé en partie grâce à des aides publiques allemandes et reçoit des prix pour sa programmation. “ Nous avons utilisé cet argent pour investir dans la modernisation du lieu” continue Lydia Maria Taylor. Alors que l’ancien cinéma était programmé par un circuit commercial, la communauté qui réouvre le cinéma décide de le transformer en un cinéma d’art et essai. Son modèle économique repose sur le bénévolat de nombreux membres : ce sont aujourd’hui 700 membres qui soutiennent le cinéma par des frais d’adhésion annuels (30€) et un engagement actif. Et c’est principalement grâce au bouche à oreille que le nouveau projet fonctionne. “Les gens étaient choqués car le Casablanca était l’un des premiers cinémas art et essai de la ville, c’était une institution, ils ne pensaient pas qu’il pouvait fermer. Le public nous soutenait énormément” nous confie Lydia Maria Taylor. “Les gens étaient intéressés par l’avenir du cinéma, de ce que le lieu allait devenir. La ville n’avait pas d’argent pour sauver ce lieu de la fermeture et c’est comme cela que le mouvement citoyen a démarré.

Mais comment les 700 bénévoles s’organisent-ils pour gérer ce lieu ? Les plus actifs offrent de leur temps libre et participent à la programmation, l’organisation d’événements spéciaux et à la gestion quotidienne. Dès les premiers mois, il est apparu indispensable qu’une personne devait être employée à temps plein pour coordonner toutes les activités, être au cinéma tous les jours, pour répondre au téléphone, programmer les films. C’est donc Matthias Damm, le directeur du cinéma, qui se charge des tâches quotidiennes et qui s’occupe de la programmation en partenariat avec une commission qui se réunit chaque mercredi, assisté de Lydia Maria Taylor. Mais pour animer le lieu, toutes les énergies sont bienvenues et les idées sont nombreuses : un festival de films de vélo, une nuit Gay & Lesbienne tous les lundis, une séance de ciné-tricot, un film surprise ou encore une séance mensuelle de courts métrages. C’est la multitude de personnalités participant à la vie du cinéma qui permet d’enrichir sa programmation. Ils s’apprêtent à lancer une “Casablanca Academy” où ils proposeront des ateliers et des cours autour de l’histoire du cinéma. Depuis le sauvetage du cinéma, ils célèbrent chaque année au mois de septembre leur nouvel anniversaire. “Les spectateurs ont de nombreux souvenirs ici, c’est un cinéma qu’ils fréquentent depuis leur enfance. C’est pour toutes ces raisons qu’il fallait sauver cet endroit si spécial”. Ils cherchent à préserver l’esprit particulier du lieu : “Nous ne nous connaissions pas avant, nous sommes tous venus ici pour sauver ce cinéma. Il y a tellement de gens qui travaillent ensemble pour un même but ici. ”

Et même si de nombreuses personnes n’étaient pas venus au cinéma depuis des années, dès qu’ils ont appris pour la fermeture du lieu, ils se sont investis en donnant leur temps et leur argent. “Nous avons eu la chance d’avoir les bonnes personnes, au bon endroit et au bon moment. Et même si certaines personnes quittent l’aventure, d’autres la rejoignent. C’est un processus en mouvement”. Et c’est grâce à cet esprit et à l’implication des gens que beaucoup l’appellent aujourd’hui “mon” cinéma.