Bios (Athènes)

Le BIOS est un centre pluridisciplinaire à Athènes qui organise chaque été un cycle de films muets « Ssssh! Silent Movies » : une série de projections sur la terrasse installée sur le toit, avec chaises longues et casques sans fil qui permettent aux spectateurs d’écouter au choix le son du film ou un DJ set joué en live sur les images du film.

L’histoire du BIOS commence en 2000 comme un festival d’audiovisuel. A cette époque, l’équipe investit une usine abandonnée et crée le plus gros festival de musiques électroniques, avec des expositions et des installations d’art en tout genre. Deux ans plus tard, ils réalisent que, pour faire bouger les choses dans la ville d’Athènes, il doivent s’installer de manière plus permanente. Dans un quartier désaffecté près du centre-ville, l’équipe trouve une usine de ressorts vide et décide de la louer pour y créer un centre audiovisuel. Ils organisent des projections et des installations et intègrent, au fil des années, les arts du spectacle dans la programmation. En 2010, dix ans après leur lancement, ils veulent voir encore plus grand : ils récupèrent un bâtiment de l’autre côté de la rue, le Romanzo, qu’ils transforment en un centre d’art avec le premier incubateur d’industries créatives de la ville. Ils mettent à disposition des bureaux et des espaces pour les jeunes créateurs (architectes, graphistes, cinéastes, designers de mode, développeur web…).

Nous ne sommes pas une institution fermée ou une organisation sans visage, les gens nous connaissent, ce que nous voulons c’est être le plus ouvert et disponible possible.

Le BIOS organise des projections cinématographiques et propose notamment un programme sur la terrasse pendant l’été qui a beaucoup de succès appelé le Ssssh! Silent Movies : « Nous projetons des films sur le mur et le public s’installe sur une chaise longue et peut prendre un casque sans fil. Sur une chaîne du casque, ils peuvent écouter le film, et s’ils changent de chaîne il y a un DJ set inspiré par le film joué en live. S’ils l’éteignent, ils n’entendent plus rien et peuvent boire un verre tranquillement. » nous explique Gabriella Triantafyllis. Ce programme, qui débute à la mi-mai jusqu’au mois d’août, a fêté son 5ème anniversaire cette année. Chaque édition porte sur un thème comme « la nouvelle Nouvelle Vague Française » (Diva de Jean-Jacques Beineix, Subway de Luc Besson et Boy Meets Girl de Leos Carax) ou encore « Teenage kicks » (If… de Lindsay Anderson, Kids de Larry Clark, Gummo de Harmony Korine). Le DJ est directement impliqué dans le choix du thème et des films de la saison. « La saison dernière, le DJ choisissait des films de science-fiction, les années précédentes, ils allaient plus vers des films classiques. »

Toutefois, le BIOS se trouve aujourd’hui dans une période difficile car la Grèce, actuellement frappée par une forte crise économique qui engendre un environnement instable financièrement et socialement. L’équipe ne peut rien planifier pour les mois à venir : avec un plafond de dépenses quotidiennes, des banques qui ne peuvent pas envoyer d’argent à l’étranger, une méconnaissance des taxes à venir et de leur taux, elle doit donc changer tout leur programme musical pour la saison car ils ne peuvent pour le moment envoyer aucun acompte aux artistes à l’étranger. « Quand tes revenus reposent sur le nombre d’entrées, cela signifie qu’ils dépendent de ce que les gens peuvent dépenser dans ton lieu et s’ils n’ont pas d’argent, alors se pose un gros problème. » Depuis que le référendum a été voté en juillet 2015, le BIOS a perdu la moitié de ses recettes et n’entrevoit aucune autre source de revenu pour le moment.

Mais les membres de l’équipe restent plein d’espoir et face à la situation critique du pays, ils ont décidé de renforcer leur soutien aux artistes émergeant locaux en offrant des espaces gratuits de répétitions pour les jeunes groupes de musique ou les troupes de théâtre. Cette année, leur programme de théâtre est exclusivement constitué par de jeunes artistes « C’était une décision très importante pour nous. Depuis qu’il n’y a plus de financements, personne n’aide la jeune génération. » Les ateliers qu’ils organisent permettent de développer le réseau du Bios et de partir à la rencontre de nouvelles têtes. « Nous ne sommes pas une institution fermée ou une organisation sans visage, les gens nous connaissent, ce que nous voulons c’est être le plus ouvert et disponible possible. »